9 3 6 r4 :
Prévenir la torture Guide pratique à l’intention des Institutions nationales de droits de l’homme
Si l’entretien ne se déroule pas dans vos bureaux, choisissez un lieu qui privilégie le sentiment d’intimité et
réduise le danger d’être écouté ou les risques de représailles. La pièce doit être aussi confortable que possible
et ne doit pas avoir de connotations négatives pour la personne en entretien. Dans les lieux de détention,
l’entretien doit être conduit dans un lieu où la personne a confiance que la conversation ne sera pas écoutée.
Il faut aussi demander à la personne si elle se sent à l’aise et en sécurité.
Sélectionner l’enquêteur
Il est important de sélectionner la personne la plus appropriée au sein de l’INDH pour mener l’entretien. Des
questions de genre, de connaissance des sujets ou de l’affaire, de compétences linguistiques et de sensibilité
aux différences culturelles sont des considérations primordiales. Dans certains cas, il n’est pas possible de
choisir qui mènera l’entretien. Cependant, il est toujours important de réfléchir à la façon dont la personne
percevra l’enquêteur, et si cela peut créer des barrières pour mener efficacement l’entretien. Demander à la
personne si elle se sent à l’aise pour s’entretenir avec un homme ou une femme. S’il n’est pas possible de
choisir, l’enquêteur devra décrire son expérience face à de pareilles situations et ainsi rassurer la personne
concernant sa sensibilité face à la difficulté de parler d’une expérience traumatique.
Durée de l’entretien
Il est important que les victimes de torture aient suffisamment de temps pour raconter leur histoire à leur
vitesse et avec leurs propres mots, sans être bousculées ou interrompues. Si l’on ne tient pas compte de
ce facteur, certaines personnes auront des réticences à parler. En même temps, la séance ne doit pas être
trop longue, car cela peut représenter un stress pour la victime. C’est pourquoi il faut trouver un bon équilibre
entre ces deux exigences contradictoires. Par ailleurs, il peut être écessaire de mener plus d’un entretien,
afin d’obtenir l’histoire dans son intégralité. Cette possibilité d’avoir plusieurs entretiens devrait être envisagée
dès la phase de planification. Toutefois, comme il n’est pas toujours possible de mener plus d’un entretien,
vous devez chercher à rassembler le maximum d’informations essentielles en posant de bonnes questions,
formulées de façon ouverte.
Comprendre le cas
L’entretien peut se rapporter à un événement sur lequel vous avez déjà des éléments de connaissance. Si tel
est le cas, vous devez rapprocher et examiner toutes les informations disponibles, tels que les rapports des
médias, les rapports établis par des ONG, des associations de la société civile ou des notes portant sur les
entretiens d’autres témoins.
Préparer les questions
Il peut arriver que vous ignoriez à l’avance le sujet de l’entretien ou la personne qui sera en entretien; par
exemple lorsqu’une personne se présente au bureau de l’INDH et qu’elle souhaite déposer une plainte. Dans la
plupart des cas, cependant, vous connaîtrez le sujet de l’entretien et vous pourrez préparer certaines questions.
Les questions devraient être ouvertes e5t non directives. Elles doivent porter essentiellement sur les éléments
clés: qui, quoi, quand, où, comment et pourquoi.
Toutefois il ne faut pas trop compter sur un questionnaire préétabli ou un rapport d’incident. Un tel questionnaire
peut aider à mémoriser les questions essentielles. Il est plus important d’établir un contact visuel et un lien
avec la personne en entretien, que d’obtenir des réponses à une liste de quetsions. Vous pouvez, malgré tout,
vous référer à la liste à la fin de l’entretien pour vous assurer que vous avez bien posé toutes les questions
primordiales.
Dans la plupart des cas, vous souhaiterez vous entretenir avec la personne en privé, afin d’assurer la
confidentialité du processus de l’entretien. Mais, la victime peut vouloir être accompagnée par une personne
de confiance et cette requête doit être respectée.
46 | Chapitre 5 : Conduire un entretien